14-18Hebdo

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47e semaine de guerre - Lundi 21 juin au dimanche 27 juin 1915

 

LUNDI 21 JUIN 1915 - SAINT RAOUL - 323e jour de la guerre

MARDI 22 JUIN 1915 - ETE – SAINT ALBAN - 324e jour de la guerre

MERCREDI 23 JUIN 1915 - SAINT FELIX - 325e jour de la guerre

JEUDI 24 JUIN 1915 - NATIVITE DE SAINT JEAN-BAPTISTE - 326e jour de la guerre

VENDREDI 25 JUIN 1915 - SAINT PROSPER - 327e jour de la guerre

SAMEDI 26 JUIN 1915 - SAINT MAXENCE - 328e jour de la guerre

DIMANCHE 27 JUIN 1915 - SAINT CRESCENT - 329e jour de la guerre

Revue de presse

-       La guerre italienne - La chute de Gorizia est prochaine

-       La démission du ministère espagnol

-       Magnifique attaque des Belges entre Dixmude et Nieuport

-       Les Monténégrins ont occupé Scutari

-       Les Russes se sont retirés de Lemberg

-       L'Allemagne n'est pas à l'abri de la famine

-       Mauvaise humeur de Guillaume II contre l'Autriche

Morceaux choisis de la correspondance

Si ce n’était pour l’ennui que tu en aurais, ce me serait égal que tu reviennes avec un membre de moins, pourvu que je t’aie.

21 juin - ELLE.- J’ai ta lettre du 17 dans laquelle tu me conseilles de me remonter au physique et de surmonter cette inquiétude que j’ai toujours en pensant à toi. C’est que tu es un mari si cher, si bon, je mourrais de ta mort, tu sais chéri, aussi ça n’est pas tant de moi que je m’inquiète que de nos petits enfants. Et tout cela, tu vois, c’est de ta faute, il ne fallait pas tant se faire aimer de sa petite femme. Tu vas me dire et avec raison que je devrais être plus forte de caractère et qu’il faut savoir supporter même les pires malheurs. Espérons que je n’aurai pas à montrer ma faiblesse et que tu me reviendras, je ne veux même pas dire sain et sauf. Si ce n’était pour l’ennui que tu en aurais, ce me serait égal que tu reviennes avec un membre de moins, pourvu que je t’aie.

Tu sais, après la guerre, tu m’emmèneras là-bas pour me raconter, sur les lieux, toute ta vie de Robinson.

Figure-toi qu’hier soir dans mon lit, au moment de m’endormir, je me figurais que tu étais près de moi, je voyais ta tête chérie sur l’oreiller et j’avais un tel désir de t’embrasser que je me suis relevée et ai été embrasser nos deux garçons qui couchent dans la chambre voisine. Il me semblait que c’était un peu de toi que je serrais sur mon cœur. Mais en repassant au cabinet de toilette où la fenêtre était ouverte, il m’a semblé que la nuit était bien fraîche et, en me renfonçant dans mon lit bien chaud, j’étais navrée de penser que tu étais peut-être dehors et que tu couchais dans ton fameux observatoire. Tu sais, après la guerre, tu m’emmèneras là-bas pour me raconter, sur les lieux, toute ta vie de Robinson. Je ne dis pas que je m’en réjouis car c’est encore dans un avenir trop lointain, tant de choses pourront se passer d’ici là et, toi-même, tu oublieras bien des détails et des péripéties.

 

Je reprends des forces, pas encore d’embonpoint malheureusement, mais tout reviendra peu à peu. Mes douleurs d’estomac ont disparu, donc il n’y a pas de raison pour que je ne me remplume pas.

 

Robert est de nouveau tombé, cette fois simplement en marchant, aussi il a le front tout labouré.

 

23 juin - ELLE.- Je veux te dire, pensant bien que cela te fera plaisir, que je vais décidément mieux, mes forces reviennent, l’esprit est plus dispos, n’est plus si mélancolique, je reprends confiance, enfin la Mimi d’autrefois reparaît et espère enfoncer la triste personne fatiguée de ces derniers temps. C’est certainement le voyage de Lausanne et les grosses émotions que j’y ai eues qui a été cause de cet état de fatigue nerveuse.

 

Tu me demandes des photos des enfants. Je ne puis en prendre maintenant, car Robert est trop affreux avec son front couturé. Quand la croûte sera tombée, je ferai une pose. Il travaille très bien, Bertus, ces jours-ci. Mademoiselle est contente de lui, je pense qu’il saura lire, peut-être pas encore couramment mais presque, pour ses cinq ans, il a fait beaucoup de progrès en quinze jours. Il n’oublie rien, ce petit, il se rappelle si bien tout ce qu’on a dit ou fait, c’est étonnant. Hier soir, il était déjà au lit et je finissais de laver Dédé quand mon Robert me dit : « Vous m’avez dit que j’étais votre petit amour, Maman, qu’est-ce qu’on leur donne, aux petits amours ? - Mais je ne sais pas, ai-je répondu - Mais si, vous savez ». Dédé m’a soufflé : c’est qu’il veut un bonbon, Maman. A cette pensée, je me suis dit que je ferais un peu languir Robert et, comme il me forçait à deviner, je lui ai offert un baiser, tout ce que la terre comporte et c’était toujours non à la grande joie des deux autres, jusqu’à ce qu’enfin je dise un bonbon et c’était en effet cela que voulait le fameux petit amour.

 

Quant à Dédé, il vient de me dire qu’Attila et l’empereur allemand étaient semblables : « Attila se disait envoyé de Dieu pour châtier les hommes ou le fléau de Dieu et les Allemands de maintenant disent aussi que Dieu est avec eux, qu’ils ont une mission à remplir et vous savez, Maman, c’est pour excuser leurs cruautés ». Tu vois qu’à l’école on lui fait des leçons de patriotisme. Les institutrices l’aiment beaucoup, notre Dédé, elles lui trouvent un très bon fond, beaucoup de cœur pour elles, pour ses petits camarades.

 

Notre dame Puce fait l’admiration de toutes les personnes qui s’occupent d’elle, par sa compréhension vive des choses. Elle saisit de suite ce qu’on veut dire et même quelquefois ce qu’on ne voudrait pas qu’elle sache. L’autre jour avec Maman, nous parlions d’une dame que nous disions assommante, nous ne l’avions pas nommée, mais elle a deviné « c’est de Mme une Telle que vous parlez, mais je ne la trouve pas assommante ».

 

Tu ne les reconnaîtras pas tes enfants quand tu reviendras. Tu les as quittés bébés, et ils deviennent grands garçons et fillette, ils ont leurs petits défauts naturellement mais en parents hiboux nous pouvons bien admettre qu’ils ont aussi leur bonne moyenne de qualités. André manque de débrouille et d’audace, il a plutôt une mentalité de fille. C’est dommage que ce soit un garçon, il aurait fait une fille si tendre et bonne et Noëlle eût été bien mieux douée pour la conquête du monde. Enfin, nous verrons ce que l’avenir nous réserve.

 

Le Georges Remy sergent prisonnier à Minden Westphalie n’est pas le nôtre.

24 juin - Alfred Stouvenot (HGP Cornimont) à Mimi Cuny.- La pauvre Madame Georges Remy, après des alternatives d’espoir a été bien déçue une fois encore, le Georges Remy sergent prisonnier à Minden Westphalie n’est pas le nôtre. Si notre cher disparu ne nous écrit pas lui-même, nous attendrons encore une autre piste qui finira peut-être par nous rassurer. Malgré tout, Léna reste vaillante et courageuse. Espérons qu’elle en sera récompensée. Un autre souci est venu s’ajouter à celui-là : mon fils Georges a quitté Epinal le 15 mai pour le Nord et se trouve dans les environs d’Arras depuis cette époque. Ce sera un miracle s’il s’en tire indemne. Il est naturellement dans les tranchées. Nous recevons assez régulièrement de ses nouvelles et n’avons rien à reprocher au service postal.

 

Cornimont est bien calme et rien d’extraordinaire à signaler ; nous avons toujours une cinquantaine de soldats dans l’habitation des Gollets et un dépôt d’ambulances dans la salle de l’Avenir. Une bonne partie a dû aller la semaine dernière soigner à Krüth les blessés évacués de Metzeral où un assez vif engagement a eu lieu. Le ravitaillement de la population et les marchandises industrielles nous arrivent assez normalement. Pour les usines nous sommes toujours en relations avec Monsieur Mangin qui habite 30, rue Servient à Lyon. Il nous fixe les bases et conditions de prix pour la vente des calicots dont une grande partie est traitée par marchés et nous obtenons de bons prix. Il est regrettable que le manque de bras ne nous permette pas de marcher en plein, nous vendrions autant qu’on voudrait. Les ouvriers gagnent comme en temps normal et les familles qui ont des leurs mobilisés touchent l’allocation. Beaucoup de familles se trouvent mieux qu’avant la guerre ! La vie a augmenté comme cherté et principalement le bois.

 

25 juin - Lacarelle Guillermain (Grandris) à Georges Cuny.- Nous vous remercions de l’hommage que vous rendez à notre cher enfant. Ce sera un précieux souvenir que nous garderons de lui. Monsieur sur la première lettre que vous nous avez envoyée vous nous disiez que les affaires que l’on avait retrouvées sur le corps de notre enfant étaient déposées à l’ambulance de Soissons. Nous avons écrit et le chef nous a répondu qu’il les avait envoyées au bureau militaire de Paris. Nous avons écrit 9 fois et on ne nous les a pas envoyées. Veuillez être assez bon pour nous dire comment nous pourrions faire pour les avoir. Nous voudrions bien les avoir, ce serait pour nous un bonheur de les conserver.

 

26 juin - ELLE.- Depuis le commencement de la semaine nous avons de gros orages qui font beaucoup de bien aux jardins et aux cultures, nous en sommes donc très contentes d’autant plus que les foins de Maman sont rentrés, mais les cultivateurs qui commencent seulement leur fenaison sont furieux.

 

Tété est de celles-là. Il est vrai que Tété n’a pas de chance en ce moment, elle est devenue presque sourde depuis un mois et son mari, en bêchant des pommes de terre, a reçu dans les yeux un éclat de pierre ou d’outil. Il est allé à Epinal voir un oculiste qui a d’abord dit que l’œil était perdu, ensuite que cela allait mieux, finalement, comme il continuait de souffrir extrêmement, Mr Claudon est parti à Nancy voir Mr Rohmer, qui lui a extrait son éclat d’outil à l’aide d’un aimant et espère lui sauver son œil. Mais il faudra encore des soins assez longs et pendant ce temps il faudra payer un homme pour faucher, aussi comme il est très avare cela lui fend le cœur. En tout cas, je suis bien contente que Sébast. ait trouvé un mari, car plus je la vois, avec son caractère de se trouver toujours pressée, toujours « débourrée » comme elle dit, elle est vraiment assommante, j’en aime bien mieux une jeune gaie et vive, qui ne grognera pas toujours comme elle faisait en dernier.

 

Nous avons reçu hier une lettre de l’oncle Henry qui nous dit que Paul a quitté l’Hartmannswillerkopf où il était tranquille depuis un mois pour revenir vers la bataille de Metzeral, ce qui les ennuyait bien. As-tu connu un Mr Colardelle officier à Gérardmer. Je sais que Mère et Marie Molard voyaient sa femme, il était commandant au 5e chasseurs depuis peu et vient d’être tué. Je me rappelle qu’au moment de la saison, quand il n’était que capitaine au 152, on le voyait toujours à la messe d’onze heures avec sa femme et leurs enfants. Je suis bien contente que tu sois dans l’artillerie, qui est comme tu le dis la reine des batailles et où vous êtes tout de même moins exposés que l’infanterie, qui a comme vous les obus à recevoir mais en plus toute la série des combats à la baïonnette, les balles, les gaz asphyxiants, enfin toute la liste.

 

Maurice, te l’ai-je dit, a été appelé lundi dernier à une visite médicale, qui l’a reconnu à nouveau inapte au service des tranchées pendant cinq mois. Il avait fait une demande pour entrer dans les mitrailleuses mais on lui a répondu que la place était prise. Pour ne pas rester au dépôt, il vient de faire une autre demande pour un poste dans un état-major du front, agent de liaison ou autre, mais l’obtiendra-t-il ? C’est Lanrezac qui est dans un état-major près de Badonviller qui lui a répondu que le poste des mitrailleuses était déjà pris.

 

Je n’ai pas revu Paul depuis qu’il est allé à Paris pour se faire radiographier, mais je sais qu’il est revenu car jeudi Robert allant à la gare en tricycle porter une lettre l’a vu passer en auto, se rendant sans doute à Laveline.

 

Je vais décidément mieux. Nous sommes allés jeudi en voiture à âne au château et je n’en ai pas du tout été fatiguée, il est vrai que je n’ai presque pas marché. C’était le bon petit Dédé qui tenait la bride de l’âne dans les endroits difficiles. Nous allions au château pour constater les dégâts causés par un tracteur automobile du parc de Cheniménil qu’on est venu essayer dans les petites plantations de Maman. C’est sans doute fait pour tirer des canons dans n’importe quel terrain mais franchement les soldats ne sont pas malins de venir dans des champs plantés. Il y a assez de friches partout alentour.

 

Tu me prêches la patience, je t’obéis mais en rageant.

27 juin - ELLE.- J’ai reçu ta lettre ce matin et suis très contente de ce que tu me dis pour Adrien, car dans ceux qui ne sont pas au front certainement il doit être un des rares qui se soient donné courageusement à leur travail, y consacrant tout son temps et y donnant tout son effort. D’ailleurs Adrien est parfaitement loyal, c’est le meilleur des hommes et celui de nos frères que j’estime le plus, c’est vrai. Il est très sérieux, on peut avoir confiance dans ses paroles, il ne change pas d’avis chaque jour comme d’autres que nous connaissons, il est travailleur. Enfin je serai ravie si on lui donne la croix, car si ce n’est pas une action d’éclat qui la lui aura value, ce sera du moins un travail très intense et intelligent.

 

La guerre pour beaucoup aura donné de bonnes ou plutôt de mauvaises habitudes de paresse. Nous le voyons de très près pour Maurice, qui est en train de redevenir mou et flemmard comme autrefois, il le reconnaît d’ailleurs, mais même en ce moment où il est à Epinal et où il n’a rien à faire, quand il se trouve une lettre à écrire pour la filature, il la fait encore écrire par sa femme. Certainement que la reprise de la vie civile sera très dure pour la grande majorité, surtout si la campagne ne finit pas dans un bref délai.

 

Tu as vu comme moi dans les journaux que la retraite des Russes de Lemberg est magnifique, qu’ils agissent comme Joffre sur la Marne, ne laissant à l’ennemi que des terrains habilement évacués et chaque verste coûtant aux Allemands de nombreux morts ou blessés. Il est probable que si nous reculions jusqu’à Bordeaux, ce serait encore admirable. Au fond j’admire les journalistes et les généraux ou colonels en retraite qui signent des articles pareils. Nous avançons de 500 mètres, c’est un succès. Les Allemands marchent à pas de géants, 20 ou 25 kms par jour, qu’est-ce que cela ? Aucun de leurs plans ne réussit. Tu me prêches la patience, je t’obéis mais en rageant.

 

La petite Noëlle qui couche seule au second près d’Elise avait pris l’habitude de lire au lit le soir. L’autre jour vers 9 heures, je suis allée la voir pensant la trouver endormie et je l’ai trouvée plongée dans son « Bonheur de Françoise ». Elle a avoué qu’elle lisait tous les soirs, j’ai grondé naturellement et on a promis de ne pas recommencer. C’est bien triste d’être enfant, on ne peut jamais faire ce qu’on veut : on aime les bonbons, on ne vous en donne que très parcimonieusement, on aime faire des étangs dans de la terre, jouer dans la boue, on vous défend de tomber à l’eau, on n’aime pas beaucoup le travail, on vous force à le faire à l’heure dite. Enfin c’est pour dire (comme l’oncle Paul) qu’on n’est jamais vraiment heureux.

 

Il me semble que si la guerre finissait, que tu sois de nouveau près de moi, je serais pleinement heureuse. D’ailleurs depuis notre mariage, je l’ai toujours été, mais tu vois comme j’ai l’esprit mal fait, tu sais combien je t’aime et combien je souffre de ton éloignement, eh bien ! je crois que je souffrirais davantage de ne pas te sentir au poste que tu occupes, de savoir que tu es au repos, que des personnes bien intentionnées peuvent dire que tu ne fais pas ton devoir, que tu es embusqué en un mot, comme je suis sûre que certains ou certaines le disent pour Maurice. Et cela, c’est tout simplement de l’orgueil, je veux que mon mari soit toujours le premier et le meilleur partout. Maurice a flatté mon penchant en me racontant qu’il avait vu à Epinal un certain Valton, lieutenant d’artillerie, qui lui a parlé de toi dans des termes épatants. Il t’aurait connu à Besançon. Un petit compliment en passant, pour une femme amoureuse de son mari, tu comprends si cela fait plaisir et avec quelle joie on l’enregistre.

 

Nous avons reçu hier la médaille militaire de Georges. Je lui en avais acheté une que je lui ai envoyée en février de sorte qu’il en aura deux. Nous avons demandé à Gray qu’on nous envoie sa croix de guerre et avons pour cela envoyé ses deux citations.

Paul Boucher est nommé capitaine. Il était reparti vers Metzeral ces jours derniers.

Cette guerre a l’air de s’éterniser, cela est bien effrayant, et vraiment on a besoin de beaucoup de courage pour supporter cette idée de longueur de temps.

Cette guerre a l’air de s’éterniser, cela est bien effrayant, et vraiment on a besoin de beaucoup de courage pour supporter cette idée de longueur de temps.

 

27 juin - Emile Touras (Plainoiseau) à Georges Cuny.- Je viens par la présente vous remercier des démarches que vous avez faites pour la mémoire de notre regretté neveu ainsi que de l’honneur qui en est résulté pour les siens : merci pour tout ce que vous avez fait pour lui. J’irai un de ces jours voir le maire de Plainoiseau et lui porter le certificat émanant de Monsieur le lieutenant-colonel. Je me permettrai Monsieur le capitaine de vous demander si vous savez ce qu’est devenue sa médaille du Maroc qu’il a emportée avec lui en partant rejoindre Besançon. Monsieur Dauja de Voiteur qui était là-bas sur la ligne écrivait quelques jours après à sa mère la mort d’Ernest Rousset (qu’il connaissait particulièrement) et lui en faisait l’éloge.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 27/06/1915 (N° 1279)

 
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Le zeppelin abattu

On se leurrait singulièrement en Allemagne quand on déclarait les zeppelins invulnérables aux attaques d’aéroplanes. C’est un des plus grands, des plus modernes, des mieux blindés qui vient de succomber sous les coups d’un aviateur montant un simple monoplan. Le moucheron a vaincu l’énorme oiseau de proie. Les zeppelins de ce modèle ont plus de deux cents mètres de long. Ils possèdent quatre moteurs, dont chacun a une force de 250 chevaux, et ils peuvent, quand les circonstances l’exigent, donner une vitesse de 80 kilomètres à l’heure. Ils ont un blindage sur les côtés ainsi qu’aux compartiments des mitrailleuses et ils emportent une tonne ou deux de bombes. Ils déplacent dans leur vol 35 à 40 tonnes. L’hydrogène qui les soutient est contenu dans un grand nombre de compartiments séparés ou de ballonnets. Les Allemands prétendent que deux des compartiments de ces zeppelins peuvent, sur n’importe quel point, être percés par un obus ou par des balles sans que leur chute en résulte. Et pourtant, le géant de l’air fut détruit en quelques minutes par les bombes de l’aviateur anglais Warneford. Rappelons en quelques lignes comment s’accomplit ce haut fait.

 

Le zeppelin revenait d’une de ces reconnaissances le long du littoral belge qu’on effectue chaque jour comme entraînement pour les raids sur l’Angleterre. Il était environ 3 heures du matin. Il se trouva pris en chasse par un avion français et un avion anglais. L’aviateur anglais volait entre Gand et Bruxelles, à une hauteur de 5 000 pieds, quand, à l’aube, il aperçut vaguement la silhouette du zeppelin sur sa gauche. Il monta aussitôt à une altitude de 6 000 pieds et le survola. Le zeppelin ouvrit le feu le premier, mais sans résultat. L’aviateur, alors, lui lança successivement six bombes, qui, toutes, atteignirent le but. L’explosion qui s’en suivit fut formidable, comparable à plusieurs coups de tonnerre éclatant à la fois. Le zeppelin alla s’effondrer sur le toit d’un orphelinat situé au sommet de la colline de Saint-Amand, près de Gand. Deux sœurs et deux enfants furent tués et beaucoup d’autres furent blessés. Les vingt-huit hommes composant l’équipage du zeppelin périrent écrasés dans la chute. L’aviateur anglais qui vient d’accomplir cette prouesse est le sous-lieutenant Warneford. Canadien d’origine, il avait pris son brevet il y a trois mois seulement. Il a fait preuve dans la circonstance du plus extraordinaire sang-froid. Au cours de l’émouvant combat, par suite de la colonne d’air qui s’éleva, il fut contraint de faire le « looping the loop ». Pendant cette manœuvre, l’essence s’échappa de son réservoir d’arrière, et il se trouva obligé de descendre dans les lignes ennemies. Avec une audace extraordinaire et une rapidité incroyable, il s’arrangea pour faire le plein de son réservoir. Alors il s’éleva de nouveau dans les airs et revint sain et sauf, sans être touché, vers les lignes britanniques. On sait que quelques jours plus tard un effroyable accident a entraîné la mort du hardi pilote qui avait accompli ce haut fait.

 

 
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Les Italiens lancent en avant des troupes de bœufs sauvages pour enfoncer les retranchements du mont Corada

Le ‘Corriere d’Italia’ raconte que les Italiens, dans l’attaque contre les retranchements autrichiens du mont Corada, se sont servis d’un nouveau moyen pour se frayer passage : ils ont employé les buffles sauvages de la campagne romaine. La garnison autrichienne, qui s’était retirée dans le fort au sommet de la montagne, avait barré les côtés et les passages par de hauts réseaux de fil de fer, ainsi que par des mines. L’occupation de la montagne ne présentait pas trop de difficultés, seulement il fallait traverser les réseaux. Les canons du fort pouvaient bombarder les collines environnantes, mais ils étaient impuissants contre les soldats rampant dans l’herbe sur les côtés. A un certain moment, une cinquantaine de buffles furent lancés en avant, vers les réseaux de fil de fer. Des bombes éclatant à peu de distance suffirent à épouvanter les animaux, qui, avec leurs cornes et leurs pieds, brisèrent l’enchevêtrement métallique. En un quart d’heure, le terrain fut balayé de tout obstacle et les soldats italiens purent marcher sûrement vers le sommet. L’irruption des buffles et l’arrivée soudaine des assaillants enlevèrent à la garnison du fort toute idée de résistance. Elle se rendit après un très court combat.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Vallée de la Schlucht (Alsace) - L'auberge des poilus

Entre Guebwiller et Saint-Amarin (Alsace) - Le ballon captif

Eglise de Foncquevillers (Pas-de-Calais) - Statue de Jeanne d'Arc renversée par les obus

Dans le Nord - Boulangeries de campagne

L'armée anglaise - Ateliers de réparations

La soupe sur le front

Berry-au-Bac - L'église

Prisonniers faits à Carency, formant un long cortège, encadré par les chasseurs d'Afrique

Un pasteur procède à l'enterrement d'officiers allemands

Berry-au-Bac - Le cimetière

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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La pièce tire

La superstition du Kronprinz - Voyant que la chance ne lui sourit pas il trimballe un fer à cheval accroché à son auto !

Quelques grands chefs : à gauche le général de Castelnau, à droite, consultant une carte, le général Joffre

Sur le front - L'heure de la soupe fait sourire ces deux poilus

Le transport du blessé

L'artilleur au repos sur l'affût de son canon

Maison du colonel - Mots faits avec de la mousse

A la frontière suisse - Entrée d'un passage souterrain, le drapeau indique où commence le territoire suisse

L'obus s'est fixé dans l'arbre sans éclater

L'entrée du logis souterrain

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Espagne - Démission du ministère espagnol
  • Italie - La chute de Gorizia est prochaine
  • Suisse - Le ravitaillement de la Suisse
  • Lecture - Savoir lire pour ses 5 ans
  • Les Allemands disent que Dieu est avec eux
  • Impôt sur les célibataires
  • Les mutilés de la guerre - Une cérémonie à Saint Eustache
  • Les Russes se sont retirés de Lemberg
  • L’artillerie, reine des batailles et moins exposée que l'infanterie
  • L’état-major du front
  • Les embusqués
  • Les enfants et la lecture - Le Bonheur de Françoise
  • Le zeppelin abattu (LPJ Sup)
  • Les armes traîtresses (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Questions d'usage et de savoir-vivre (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Nativité de St Jean-Baptiste - 24 juin


19/06/2015
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