14-18Hebdo

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Causeries et souvenirs (Gabriel Bon) - 12. Le casque

 

En 1914, le général Gabriel Bon, 61 ans, commande à La Fère (Aisne) l'artillerie du 2ème corps d'armée. Blessé en 1915, il ne participera pas à la suite de la guerre et publiera en 1916 "Causeries et souvenirs, 1914-1915", d'où est extrait ce témoignage.

Document transmis par Bernadette Grandcolas, son arrière-petite-fille - 16/12/2014

En débarquant à Paris, j’ai admiré les fantassins et artilleurs qui revenaient du front coiffés du casque en forme de bourguignotte.

 

12 Le casque Image 1.jpgCasque Adrian, en usage à partir du début de 1915

 

12 Le casque Image2.jpgBourguignotte : casque bourguignon du XVème siècle, en usage pendant 200 ans, qui a inspiré le casque Adrian

 

Je ne sais quelle impression vous avez ressentie en les voyant avec cette nouvelle coiffure. Pour moi, vieux troupier, ce fut une véritable joie, je ne me lassais pas de les regarder. Du fait d’avoir un casque, ce qui peut sembler à certains une simple modification à l’uniforme, l’allure des hommes était changée. Quelle heureuse transformation s’était-elle opérée ? Notre jeune armée 1915 a meilleure tenue que notre armée de 1914. Or, qui dit tenue dit discipline. Voir la tenue s’améliorer au cours d’une campagne, n’est-ce pas le plus rassurant des symboles ?

-       Que de choses vous voyez dans une simple coiffure, me direz-vous.

Mais demandez donc à une jolie femme si elle considère comme une simple bagatelle ce chapeau qu’elle choisit avec tant de soin ! Elle sait bien mieux que vous l’influence qu’il va exercer sur sa beauté et même sur son caractère. Ce n’est pas sans raison qu’on dit d’une femme bien habillée qu’elle est sous les armes[1].

Sur bien des points on peut comparer un troupier à une jolie femme. Peut-être est-ce une des causes de la sympathie réciproque qu’ils ont toujours éprouvée l’un pour l’autre.

En tous cas, la coquetterie étant une vertu chez la femme et le soldat, la question des chapeaux a une aussi grande importance pour l’un que pour l’autre. Ce n’est pas pour eux, comme pour M. Jourdain, qu’un chapeau est simplement fait pour couvrir la tête.

Henri IV fut célèbre par son panache, Napoléon par son petit chapeau, le père Bugeaud[2] par sa casquette.

En parcourant les salle des armures au Musée de l’Artillerie, celle des costumes au Musée de l’Armée, vous vous rendrez compte que le caractère du soldat de toutes les époques est révélé par sa coiffure. En 1870, nos soldats jetèrent sur les routes leurs shakos[3] et leurs bonnets à poils, vestiges de l’armée de Napoléon. Cet acte d’indiscipline marquait la fin des armées de l’Empire.

Aujourd’hui nos soldats sont fiers de leur nouvelle coiffure, ils ne veulent plus la quitter ; elle les protège contre les balles et les éclats d’obus, et puis elle leur convient, elle leur donne un air martial.

Pendant ce temps-là, au moment des attaques dans la tranchée, l’Allemand qui ne veut plus de casque à pointe, jette lui aussi sa coiffure, comme le faisaient nos soldats en 1870.

Comparez les images représentant les combats du commencement de la guerre à celles qui figurent les dernières luttes[4]. Vous constaterez comment, avec le nouveau casque, nos troupiers dominent actuellement le soldat allemand en bonnet. Vous ne nierez plus, après cela, l’influence de la coiffure sur les champs de bataille.

 


 

[1] Se dit d’une femme, d’une jeune fille parée à son avantage avec dessein de plaire (Dictionnaire de l’Académie française, 1930).

[2] Chant militaire de l’armée d’Afrique, popularisé par les Zouaves à la suite de l’expédition conduite par le Général Bugeaud lors de la conquête de l’Algérie.

[3] Coiffure qui est encore aujourd’hui celle des élèves-officiers de l’Ecole Militaire de Saint-Cyr.

[4] Il s’agit des combats du début de 1915.



02/01/2015
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